Courses toujours
MES MOTS POUR LE DIRE
Article du 11 avril 2010 post-marathon de Paris, c’était il y a bien bien longtemps, dans une galaxie fort fort lointaine…
ELLE : Bloque pas dessus, bloque pas dessus !
LUI : En même temps çà reste un échec faut l’assumer hein ?
Voilà. Je termine par la fin. Les dernières phrases du film L’ARNACOEUR avec Romain Duris et Vanessa Paradis. Vu hier soir sur les Champs-Elysées. Le film, pas Vanessa. Encore que, des stars, on en a vu plein ce week-end. Julie Gayet dans le train, Emmanuelle Béart avenue de Wagram, Luc Besson au Market, Bigard dans un pub. Carmel et moi au Mercure Champs-Elysées… prix largement trop élevés pour les prestations. Mais je m’égare… L’ARNACOEUR, drôle, léger, enlevé, vif, avec un Romain au top de sa forme.
Pas comme moi.
Marathon de Paris 2010. 3h23. Chrono final. Une cata a priori… Oui mais… Contrairement aux dernières phrases échangées dans l’ARNACOEUR, ben, ce n’est pas un échec. Ou je ne le vis comme çà. Sûr que vous ne me croyez pas. Et pourtant. Pourtant c’est vrai. Je vais essayer de vous le dire avec mes mots…
Le jour se lève sur Paris. Moi aussi. Un pipi. Et je me recouche. Mauvais signe. Il est 7 h, je me dis que j’ai le temps. Je suis tout près du départ. Pas la peine de se presser. Mais pour une mise en tension, j’ai déjà connu beaucoup mieux. En clair, j’ai pas spécialement envie de courir. Le ciel est dégagé, il fait beau. J’avale mon GATOSPORT, prépare ma boisson d’attente. J’ai toujours pas envie, rien n’y est fait. Les douleurs gastriques sont toujours là, je reprends une dose de médocs… Mel part déjeuner, je reste seul dans la chambre. Je tente un électrochoc : le lecteur MP3 à fond sur les oreilles avec « Bonjour (clic) » de Gaëtan Roussel et Rachid Taha. Je fais quelques pas de danse comme dans Dirty Dancing (allez voir l’ARNACOEUR, vous comprendrez…), mais je suis raide comme un piquet. Mal aux lombaires depuis 3 jours. Aux cervicales depuis 2 mois.
Maintenant je suis dans la rue. Un dernier « Au revoir » de Mel par la fenêtre. J’ ai oublié de lui dire ma phrase fétiche (clic) d’avant-marathon ! Tout va mal. Premières foulées, premier espoir. Pas de douleur au quadriceps droit, des bonnes sensations. J’arrive à l’Arc de Triomphe. C’est gavé de monde. Des coureurs de partout comme s’il en sortait d’un nid de frelons asiatiques. Ça marche et court de partout. Tous types de couleurs, tout type d’équipement. Des bretons, des italiens, des anglais. Mince, où sont les Bordelais ? Je suis tout seul. J’ai pas mes collèguesetnéanmoinsrivauxaveclesquelsonsechambre avant chaque marathon… C’est pas drôle de courir solitaire au milieu de 40 000 coureurs. Je sais que Mel sera sur le parcours, je partagerai mes kilomètres avec elle. Je suis dans le sas maintenant. Le 3h00, derrière ceux de l’élite et des VIP. On se croirait dans Midnight Express. Quand les prisonniers font des tours tous dans le même sens. Dans la prison turque. Personne ne se parle, tout le monde se jauge. Très froid comme ambiance. Pas un sourire, pas un mot échangé. 40 000 coureurs et moi et moi et moi.
Le speaker tente désespérément de faire monter l’ambiance, les champs sont noirs de monde. Les coureurs balancent sur le côté les sweats qui leur donnaient un peu de chaleur humaine. Des bouteilles aussi. Le sol en est jonché. Je plains le dernier qui franchira la ligne de départ, ce sera Koh-Lanta pour lui. Ou pour elle. Ayé. Je suis parti. Avec les autres. Le départ est en descente. Je cherche à ne pas partir trop vite, à ne pas me laisser entraîner. Je n’ai aucun mal à y parvenir, c’est mauvais signe… je ne suis pas dans le rythme dès le 1er km alors que personne ne m’a gêné… Je me dis que c’est normal. Que je suis un diesel qui doit chauffer. Je me dis la même chose au 5ème km. Les kms passent, la 1ère douleur à la fesse droite apparaît avant le 10ème… je suis déjà en retard de 2 minutes environ, je sais déjà que c’est mort. La suite n’est qu’une longue litanie de douleurs tendino-musculaires. Tendino-musculaires, c’est joli comme mot, non ? fessier puis adducteur droit, j’ai du mal à pousser sur la jambe en montée. Déséquilibre à droite donc, je force à gauche. Le tendon rotulien me le fait remarquer aux alentours du 20ème. Puis c’est une douleur sous le pied gauche. Un peu mal au cou aussi. Et quoi d’autre ? ben c’est tout. Les kilomètres défilent de plus en plus lentement… je cherche Mel du regard. Je ne la trouve pas. Ni au 10ème, ni au 20ème, ni au 30ème… J’ai déjà marché, j’ai mal partout, je n’y arrive plus. Je me dis que si je la vois au 30ème, elle, elle me dira d’abandonner, j’ai trop mal. Mais je ne peux pas le décider seul. Pour Zozo. Pour les donateurs. Pour le tee-shirt… Je ne peux pas lâcher tout seul… Mais elle n’est pas au 30ème. Ni au 31ème. Ni au 32ème. Je marche de nouveau. Le compteur de vitesse se fige à 6 mn au km. Elle n’est pas non plus au 33ème. Ni au 34ème. Mais elle est là. Au 35ème. Je prends une bouteille d’eau, traverse le flot ininterrompu de coureurs pour la rejoindre. Elle me sourit, moi aussi. Je sais que je ne ferai pas 3 heures. Je veux surtout la rassurer. Lui dire que çà va, que je ne vais pas mourir. Mais qu’arrivé là, même sur une jambe. Autant finir. Pour Enzo, pour les donateurs, pour le tee-shirt.
Je redémarre. P*****, çà fait mal. Je suis tout raide, j’ai mal au genou et à l’adducteur. Je me fais doubler, çà fait tout drôle. Des gabarits que je ne vois pas souvent devant moi. Des femmes, des hommes. Des petites, des dodues. Je souris de moi tout en dedans de moi. J’ai gardé le sens de l’humour, c’est que çà ne va pas si mal… Remarquez bien qu’au rythme auquel je cours, j’ai le temps de m’amuser. Le 40ème arrive, je ne prends pas le dernier tube OVERSTIM’s. Je préfère l’économiser pour le prochain marathon….
J’aperçois Mel avenue Foch, l’arrivée est là. Je l’ai fait. Fracassé de partout, à gauche, à droite, en haut, en bas. Sans plus aucun objectif à atteindre dès le 30ème. A l’énergie. Pour Enzo, pour les donateurs, pour le tee-shirt, horrible, remis à l’arrivée. Quel bordel l’arrivée, impossible de retrouver Mel !
Voilà, j’en suis là. L’après-midi détente a été très sympa. Manue, Manue et Krystel. Diantre, que des femmes ! J’ai une drôle de satisfaction vu le chrono, mais c’est quasi la même qu’à Toulouse mais pour des raisons diamétralement opposées… je l’ai fait pour vous, pour les donateurs, pour Enzo. Pas pour moi. Enfin pas que.

Demain je repars de zéro. Je vais aller faire les radios du dos prescrites il y a 2 mois. Puis kiné, ostéo. Faut revenir aux fondamentaux, éliminer toute la fatigue. Avant de préparer de nouvelles aventures !
Et bravo à Peter Pan pour sa fantastique perf’ et je sais de quoi je parle…
A part çà, je ne peux pas dire que j’ai apprécié le marathon de Paris. Parcours très monotone dans les bois. Des coureurs pas très sympathiques qui vous bousculent aux ravitaillements. Peu de mots échangés. En revanche de superbes actions de solidarité de coureurs accompagnant des personnes handicapées. Et aussi quelle ambiance ! merci aux spectateurs qui m’ont reconnu et qui m’ont soutenu. Comme ils ont soutenu tout ceux dont ils arrivaient à lire le prénom sur le dossard.
Alors, vous me croyez maintenant ?





















Marie-Laureavr 12, 2010 at 08:29
Eprouvant, voilà le mot qui me vient quand je te lis…Pour la non-initié que je suis, la performance elle est là, dans le fait que tu l’as couru et fini ce marathon ! Et pour ça, respect !
Et maintenant, repos, chouchoutage de quadri, de cervicales…
Bises à tous !
nathouavr 12, 2010 at 09:41
ouhla, ça secoue de lire un truc comme ça:( Et puis moi, je ne te crois pas trop Man, le ton n’y est pas… Il faut te remettre sur pied maintenant et te nourrir de ce mini échec… tu as quand même couru pour la bonne cause, le plus important:)
kikiavr 12, 2010 at 09:54
salut Emmanuel,
bravo pour ta perf même dans la douleur, repose toi bien maintenant et soigne toi bien car à te lire il y a de la réparation à prévoir. L’important c’est d’être allé au bout de ton idée. A+ sur les routes bordelaises.
kiki
La Fée Clochetteavr 12, 2010 at 10:16
Déjà que je pleure depuis hier soir (déçue de moi, je m’en veux)….ton billet me met encore larme à l’oeil.
Bravo d’avoir tenu.
La prochaine fois, tu l’auras ton 3h
Merci pour Peter Pan, je suis très très fière de lui et il est content (encore heureux !) de sa perf.
Cédricavr 12, 2010 at 14:10
Bravo, jusqu’au bout pour les autres et non pour soi.
Rien d’autre à dire, sinon redire BRAVO.
Grenouille Adriavr 12, 2010 at 19:48
Hello Man !!
Mal au coeur de te lire, je n’ai pas eu la même impression quand j’ai fait Paris, mais je ne courais pas non plus pour faire 3h j’en serai bien imcapable, trop novice trop âgée trop trop quoi !! Par contre j’ai connu la douleur une fois, des crampes qui ne m’ont pas quitté du 18ème au 42 ème sympa non ?!!
Alors Man je vais te dire une chose : tout le monde a raison de te féliciter c’est SUPER D’AVOIR FINI MALGRE TOUT et qui plus est pour ton petit Enzo qui doit être fier de son papa. HAUT LES COEURS Man !!
BRAVOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOO
Nanouavr 12, 2010 at 20:14
Bravo ptit frère !!!!
Sevavr 12, 2010 at 20:46
A part un super méga bravo, je ne vois pas quoi ajouter…
virginieavr 12, 2010 at 21:46
finir dans la douleur mais finir quand même, pour une bonne cause, pour la meilleure des causes, enzo! tu n’as pas laché et pour ça moi aussi je te dis: respect Man. j’imagine la déception du chrono mais ça reste un détail (facile çà écrire hein! moins à encaisser, je sais)
alors félicitations, vraiment, pour tout le travail accompli, la préparation, la course, tout quoi…
plein les pattesavr 12, 2010 at 21:56
3 h 23 je signe de suite… J’en suis à 7 marathons, je n’ai jamais fais mieux…Pas « ma » distance sans doute. Mais chaque année j’y reviens, chaque année de la souffrance, mais tellement de bonheur lorsque je franchi la ligne…
Franchir la ligne, ce n’est pas un échec, car le défi principal du marathonien, c’est bien avant tout de boucler les 42,195 km, non ? Allez Man, remise à neuf du corps et de l’esprit et haut les coeurs vers la prochaine course !
Hélène Pavr 12, 2010 at 22:04
Je reste admirative devant cette incontestable preuve de courage… et tant pis pour le chrono. L’objectif principal est atteint, le récit est émouvant : Bravo.
Fabriceavr 12, 2010 at 22:10
BRAVO d’avoir été au bout malgré le calvaire!
Courage pour les jours qui viennent…
On fera mieux ensembles sur l’arrivée de Cannes !
mamillonavr 13, 2010 at 15:02
Fière de ton courage et de ta persévérance malgré ta souffrance et……………… cerise sur le gâteau, tout ton petit monde qui t’attendait….. t’as gagné papa !
Et puis après, elle est où ta médaille et ton tee shirt!!
De grosses bises de nous
Marathon Ac’ 2010 – Clap de Finavr 14, 2010 at 05:03
[...] plus simple c’est de commencer par Robert et le lien vers le récit de sa course : http://www.malinmaligne.com/2010/04/12/mes-mots-pour-le-dire/ que dire de plus [...]
Malin Maligne » DE L’AUTRE CÔTÉ DU MIROIR : LA FEE ET PETER PAN AU MARATHON DE PARIS 2010avr 17, 2010 at 09:42
[...] c’est jour de match. Récap de la semaine sportive de la M&M’s family. Mais Marathon de Paris oblige, cette semaine fut celle du repos pour Bob. Du coup, mis à part une séance de fractionné [...]
chantakiavr 22, 2010 at 09:23
je sais, je suis outrageusement en retard pour venir te féliciter!
d’être allé au bout malgré ta souffrance!
grosses bises et merci pour cet émouvant récit!
Malin Maligne » DE L’AUTRE COTE DU MIROIR : CHANTAL IN THE SKYmai 26, 2010 at 05:58
[...] est une nouvelle plume sur Malin Maligne. Elle a couru le marathon de Paris en avril, le semi-marathon du Cap Ferret en mai, et se prépare pour le marathon du Mont Blanc en [...]
Malin Maligne » ASICS NIMBUS 12 vs BROOKS RACER ST4juin 10, 2010 at 07:33
[...] de ma déconfiture physique au marathon de Paris 2010. Pour les poissons rouges, c’est ici. Et là Christophe m’a pris par les sentiments, il m’a dit : « Allez, [...]
L’homme qui valait 3 milliards… pour la Sécu !avr 29, 2011 at 05:36
[...] Et puis un jour tout s’est arrêté. C’était à Paris. Le 11 avril 2010. Mon Golgotha, 42 stations, autant que de kilomètres. Toute l’histoire est ici (clic). [...]
julienmai 2, 2011 at 14:49
même quelques semaines après le marathon fait encore transpirer les sensations la difficulté, le dépassement de soi. Pour soi, pour les autres.
Bravo de l’avoir fait ; jusqu’au bout, et de l’avoir si bien écrit.
La suite n’en sera que plus belle, avec encore pleins d’autres belles courses et de belles journées pour faire ce que vous voulez. Mourir, ou pas tout de suite.