Accueil Ma vie et moi Le philosophe de l’antisport et vous

Les émissions de talk-show,  la parole aux auditeurs, c’est à la mode à la TV et à la radio. En même temps, je dis ça mais je n’en sais rien, je zappe dès que j’entends un auditeur donner son poids de vue ( » poids » pour « point », c’ est une coquille mais je la laisse pour vous, amies de la poésie et du non-sens).

Bref, je suis vieux jeu dans ma consommation des médias, je ne crois pas que Madame Michu puisse bouleverser ma pensée contemporaine depuis son téléphone portable.

Sur Internet c’est différent.

J’aime bien lire les commentaires des internautes. Parcourir les idées qui se construisent, ou non, en mots puis en phrases, le style employé, les fautes d’orthographe ou grammaticale, les connivences ou rivalités (euphémisme) entre commentateurs, la caricature de la pensée et les rares, trop rares, lecteurs qui acceptent la (re)mise en cause de leur opinion. Le temps me semble plus long, plus lent qu’à l’oral, et mériter plus mon attention.

Vous me voyez venir ? c‘est normal puisque le sujet Fabien Ollier et antisport est posé sur MALINMALIGNE depuis trois semaines maintenant (clic) et (clic), normal que je vous donne la parole. Enfin non, pas la parole, le stylo, enfin, non, le clavier. 3 questions, 3 réponses, le tout mêlé à quelques intellectuelles recherches sur Fabien Ollier, à la lecture de la transcription d’une conférence du philosophe de l’anti-sport sur la course à pied (L’ultra-trail du Mont Blanc : le sport à mort ! Conférence faite aux Houches le 24 août 2010 à l’initiative de l’Ultra-sieste du Mont Blanc, cliquez pour télécharger :  [download id= »24″]… document que m’a gentiment passé Fabien Ollier, pour vous).

Dans les rôles principaux,

Cécile Bertin, the famous one, fondatrice de www.courir-au-feminin.com,  rédactrice en chef de Running pour elles, qui s’enquille les marathons comme Mel les tartines de Nutella. Mais pas que.
Mireille alias Mimi, 20 cours de gym étalés sur 20 ans avec abonnement annuel payé chaque fois, 3 fois à la piscine avec Mel qui l’a abandonnée dans le grand bain, parce qu’elle arrivait pas à  la suivre ou l’inverse. Qui a recommencé le yoga cette année mais petit orteil cassé au 3ème cours… ah oui, deux randos au Sahara aussi, la 3ème prévue pour mars 2012.
Stéphane P, à retrouver sur FACEBOOK ici (clic),  un vrai montagnard intellectuel, perché tout là-haut, des comme on n’en fait plus depuis les seventies et le flower power. Fan de Killian Jornet. Mais pas que.
Et Elisa, 29 ans, traductrice, basketteuse devant l’éternel, coureuse par amour, aujourd’hui ultra-traileuse, …. la SaintéLyon le week-end dernier avec 3 copines (gloups). Pour elle, la course à pied, c’est un moment plus ou moins long où elle se balade dans les bois un peu plus vite que d’habitude en pensant à plein de choses de la vie.

Interview de F. Ollier sur RUE89, tribune de Noah dans le journal Le Monde, articles sur la bigorexie (addiction au sport)… les sujets sur la critique du sport de haut niveau dans les médias semblent se multiplier actuellement. Cette critique du sport vous semble-t-elle nécessaire ? Si oui ou non, pourquoi ?

Steph :

Toute critique, fût elle excessive, est vitale (par les temps qui courent) ! Pas forcément utile … mais nécessaire ! F.Ollier est prof d’EPS & philosophe : il se doit d’exercer son esprit critique sur cette activité. D’ailleurs, « E-P-S », c’est étrange non ? Qui y porte vraiment attention ? Éducation physique & sportive : il y aurait donc deux choses distinctes ? Ainsi le sport, ce n’est pas l’éducation physique ! C’est là l’un des fondamentaux de la pensée de F. Ollier à côté desquels il ne faut pas passer ! Car il est philosophe, et en tant que tel, il raisonne à partir de concepts définis au préalable. Le sport c’est, dans son discours, une pratique bien particulière. Une forme « dévoyée » de pratique physique, c’est ce que devient l’activité physique dès lors que s’y adjoignent des notions de compétition, de confrontation, de chronométrage, de performance … en cela, on voit bien la filiation avec J.M. Brohm et sa « théorie critique du sport ».
Or, et c’est le deuxième point important : il s’agit d’un point de vue critique, social et politique sur le sport. (…) S’il fallait donner une raison de s’attarder un peu sur cette « critique radicale du sport » (…) … et bien je proposerais de relire les propos récents de Y. Noah sur le dopage à la lumière de la critique du sport. En faisant abstraction de ce qui relève de contingences triviales (le problème que semble avoir Y. Noah avec les espagnols), il apparaît que l’ex-sportif de haut niveau ne fait que décrire ce qui devrait être, en toute logique … ce qui n’est jamais que la logique du sport compétition, a fortiori du sport devenu spectacle/industrie/outil de gouvernance. Le dopage ( fût-il naturel) ne peut pas en être fondamentalement séparé.
Ce que nous apportent Ollier et Brohm ? Une nouvelle question : et si cela n’était pas dû à la vénalité de certains ? Et si les sportifs (les individus) ne constituaient pas une masse fondamentalement stupide et perverse ? Et si (la voilà la question !) … cela était simplement lié à l’essence même du sport ? Cette critique du sport est exactement un point de vue dans une critique fondamentale de la société. Questionner le sport, c’est questionner la société.

Elisa  :

Pour commencer, je dirais que, pour moi, le « sport » est une notion qui regroupe un nombre infini de pratiques qui n’ont rien à voir les unes avec les autres. Comment comparer des footballeurs pro, qui font partie intégrante du star system et refusent de descendre d’un bus pour taper dans un ballon alors qu’ils sont payés pour, avec le néopratiquant d’un sport confidentiel, le squash à tout hasard, qui va se défouler une fois par semaine à taper dans une balle avec ses copains ? Alors la critique, je veux bien, mais comment peut-on critiquer dans son ensemble cette notion polymorphe qu’est le sport ?

En ce qui concerne le sport professionnel, à partir du moment où on nous abreuve des exploits des uns et qu’on paye une partie du salaire des autres en allant voir un match ou simplement en achetant le produit d’un sponsor, oui, je pense que la critique est utile. (…). En ce qui concerne le sport amateur, il me semble que la critique est plus difficile. La pratique sportive devient alors quelque chose de très personnel qui, certes, peut entraîner des excès, mais qui en fin de compte doit être évaluée par chacun. Celui qui ne se retrouve dans aucun sport (ou qui « n’est pas sportif ») ne comprendra jamais celui qui a besoin d’être constamment en train de préparer une course ou qui tire une grande fierté car il porte chaque week-end le maillot de son village sur un terrain de foot ou de hand…

Mireille :

(…) A mon sens, le sport tel qu’il devient m’apparaît plutôt comme un symptôme d’une société malade : on nie le corps, ses rythmes, ses contingences, ses limites et jusqu’à son droit à la différence pour une société formatée et avide de performances. Sportifs de haut niveau, cadres à haut potentiel…Vous avez déjà vu la tête d’enterrement d’un journaliste sportif qui annonce qu’un athlète a terminé deuxième ? Une activité humaine quelle qu’elle soit qui ne valorise que les premiers est dangereuse pour l’individu et pour la collectivité. La réponse au malaise ne pourra être que politique mais certainement pas dans une démarche répressive, style loi anti-dopage, qu’on encourage tous par ailleurs.

Cécile :

Pour moi la critique est toujours nécessaire mais doit être constructive. Il faut avant tout apporter ensuite des solutions.(…). Forcément un enfant qui n’est pas retenu par ses copains pour faire partie d’une équipe au collège sera traumatisé à vie et se transformera immanquablement un jour en cadre tyrannique ou serial killer… Va-t-on se calmer un jour avec cette victimisation systématique qui est devenue notre pain quotidien ? Pour moi le plus grand malheur de notre société actuelle c’est la place grandissante qui est donnée aux psy en tout genre. Personnellement j’ai toujours été celle qui n’était pas choisie par les autres parce que moi les ballons ça me fait peur et parce que le sport collectif m’indiffère au plus haut point. Je n’ai pas eu besoin de consulter un psy pour ça ! Franchement je n’en avais rien à faire et j’étais ravie d’être la dernière sur le banc de touche pour pouvoir sortir mon livre de mon sac de sport et replonger dans l’intégrale de Voltaire plutôt que de compter les points au volley. J’étais la fille intello dans son coin et j’allais très bien ! Problème d’intégration en classe ? Pas le moins du monde parce que mes petits camarades de l’époque savaient me trouver pour les versions grecs ou les fiches de lecture. Peut être que si on m’avait répété à longueur de temps « tu n’est pas malheureuse d’être nulle en hand ??? ça doit être dur pour toi ??? », cela m’aurait traumatisé mais comme tout le monde s’en foutait tout allait très bien. Je ne cherche pas à raconter ma vie mais juste illustrer le fait que chacun a une place qui lui est destinée dans la société. Nous avons besoin les uns des autres avec nos différences et le formatage est la mort de cet équilibre. L’éducation nationale est pour moi l’illustration parfaite de cette volonté du corps enseignant à vouloir à tout prix faire rentrer les gens dans des moules, dans cette pensée unique. (…).

Doit-on considérer aujourd’hui le sport comme l’opium du peuple ? Non ce n’est pas le sport, c’est la bière servie à la buvette qui est dangereuse, pas le fait de regarder un match ! Les comportements critiquables des sportifs ont toujours existé, pourquoi se voiler la face ? Et la vraie question est surtout où commence le dopage ? J’ai toujours considéré qu’à partir du moment où je prenais du paracétamol avant le départ d’un marathon parce que j’avais une migraine de fille ou autre douleur que nous connaissons bien tous les mois, j’étais dopée et je trichais. Pourtant c’est tout à fait autorisé. Quand des personnes avalent des anti inflammatoires comme des cachous pour se rétablir plus vite et repartir courir, ils sont dopés. Mais ce sont les médecins qui sont là responsables puisque ce sont eux qui fournissent des produits à leurs « clients », parce que dans ce type de relation on parle de clientélisme et plus de relation normale « médecin-patient ». Si un médecin avait le courage de dire à la personne en face de lui « vous vous arrêtez de courir 3 semaines et puis c’est tout et ça ira très bien », peut être y aurait il moins de dopage sous quelque forme que ce soit.

Intéressant non ? OK c’est un peu plus long que d’habitude sur MALINMALIGNE mais ça en vaut la peine. RDV demain pour les questions (2) et (3). Le sport c’est politique, hein, Nico ?

Juriste par intérêt, sportif par addiction, blogueur par plaisir, mari par devoir (Mel était seule et abandonnée quand je l'ai rencontrée...), père au quotidien et même plus... C'est ce CV tout simple qui me donne le droit de vous faire l'article sur MALINMALIGNE et AUXANGESETC.FR, et de vous accompagner vers mon étoile...

6 COMMENTAIRES

  1. Bon … ben ma couverture est morte : tu as mis un lien vers mon FB. et une photo de moi (en noir) de l’époque où je n’avais pas encore tourné le dos au cyclotourisme pour le VTT !
    Une précision : je suis bien plus philo-montagnard (celui qui aime …) que pratiquant 😉 ( enfin tu connais ça : le boulot, les enfants, la cuisine, les lessives etc … etc ).
    Intéressants en tout cas ces points de vue différents au sens strict : nous regardons chacun tout cela d’une position différente !

  2. Je me vois malheureusement dans l’obligation de rectifier un fait : je ne suis qu’ultra-traileuse en équipe 🙂 J’ai fait un quart de la SaintéLyon et mes 3 copines se sont partagé les trois autres quarts puique nous étions en relais 4. Pour l’instant (mère nature la truie), l’ultra est une notion bien lointaine pour moi 🙂

  3. Pour ma part, en convalescence et donc privée de sport jusqu’à nouvel ordre, je vous lis, m’instruis et penche de plus en plus vers une Olierisation de ma pensée.
    Je prendrais bien part au débat mais on ne m’a pas conviée.

  4. Je viens de lire l’article sur l’UTMB, c’est trash!!!!
    Vision très intéressante, même si c’est caricatural. D’autant que pour cette épreuve, pour la majorité des concurrents le chrono doit être bien secondaire. Mais la critique est fondée…

Laisser un com'