Accueil Courses toujours Courses locales et universelles Benjamin Malaty, des Champs-Elysées à Pôle Emploi

 

Les jobs de Mel, journaliste, blogueuse, community manager, comportent de nombreux avantages.
Voire des privilèges.
L’interview de Benjamin Malaty pour CUBEEK samedi soir au téléphone en est un. J’y ai assisté en catimini, dans un coin, avec le sentiment de ne pas être à ma place. Faut dire qu’avec mes 3h23 à Barcelone, j’avais un peu peur de poser la question du mec qui croit savoir mais en fait non.

D’ailleurs je l’ai posée.

- Vous avez couru un semi-marathon de préparation ?
- Non, c’est vrai que j’aurais pu mais non, quand je m’inscris à une course, je la fais à fond et je n’ai pas voulu me griller sur un semi quelques semaines avant le marathon.

Çà, c’est fait.

Heureusement que Mel n’a pas ma pudeur ni mes angoisses métaphysiques, c’est une femme. En plus elle est journaliste. Elle a pu poser sans risque toutes ses questions. Sachant que 99,9% de ses CUBEEK-lecteurs ne sont pas marathoniens, elle a préféré enlever ses jambes de coureuse avant l’entretien, histoire d’être au niveau. Benjamin n’a donc pas su qu’il avait affaire à l’élite des journalistes-runneuses. Impossible pour lui de le découvrir par les questions posées… « mais c’est quoi au juste le seuil ? et le demi-fonds c’est quelle distance ? et sinon, l’été vous courez des cross-country de combien ? ».

Bref.
Je vois deux féministes qui crissent des dents, passons à l’acte.
Benjamin, Ben de son e-mail, est le 1er français au marathon de Paris 2012, en 2h13’15’’. C’est sûr. Sûr que s’il avait été kényan, on n’aurait pas parlé de lui. Mais en France, à l’heure de la marine à voile et de l’exaltation du sentiment national, impossible de passer à côté de sa perf’, d’autant que Benjamin n’a que 25 ans et que c’était son 1er marathon.

Sitôt la ligne d’arrivée franchie, les caméras de France 3 se sont fixées sur lui comme de gros yeux bleu-blanc-rouge, les micros se sont collés à lui comme des cocardes sur des voitures officielles. Le temps d’un dimanche en avril 2012, Benjamin Malaty a incarné la France du sport, celle des valeurs et du labeur, bien loin des paillettes et des millions des stars du foot et du tennis exilées en Suisse. Sans le savoir, Benjamin a ouvert avec sa 1ère place de 1er français au marathon de Paris une boîte à musique qui pendant plusieurs jours a joué la Marseillaise à ses oreilles, à chaque fois qu’il a parlé. Ses jambes ont fait de lui l’égal du Général de Gaulle descendant les Champs-Elysées le jour de la libération de Paris.

Rien que ça. Nan là c’est moi qui déconne.
En vrai son podium virtuel l’a aspiré dans une bulle médiatique faite d’invitations presse locale, France 3, Sud-Ouest,… et même une fiche d’identité vide sur L’Equipe.fr (clic), les salauds ! J’arrête de plaisanter sinon on va croire que je me moque alors que pas du tout, c’est juste que je n’aime pas les hagiographies et que Benjamin Malaty est un mec très sympa, très simple et passionné par sa passion que j’avais moi aussi avant, la course à pied. Et qu’il ne mérite pas d’être réduit à un portrait technique ou à un podium franco-hexagonal, comme l’a vu la presse-réductrice toujours à la recherche de symboles et de cocoricos à pas cher. Et  pas longs. Parce que les pseudozexploits des Girondins de Bordeaux ont vite remplacé Benjamin Malaty à la une du quotidien Sud-Ouest et que la ville va engloutir des millions dans un grand stade inutile. Au lieu de soutenir un coureur qui court vers son devenir.

Je ferme la parenthèse.

En l’écoutant parler, j’ai appris qu’il a débuté la course à 9 ans, qu’il a hésité avec le foot (le saint homme), et qu’il était adepte du demi-fond jusqu’à l’été dernier, où, plafonnant dans ses perf’, il s’est donné comme objectif de courir 42,195 km dans la capitale le 15 avril 2012. Des entraînements en biquotidien, avec de la préparation physique et des séances de course à pied, au seuil ou à allure marathon. Son coach, agenais, un certain Messaoud Settati, le suit à distance depuis que Benjamin fait des études à Bordeaux et s’entraîne à Talence.

1ères perf’ à 17-18 ans, du 800 au 3000 m. Champion de France de cross-country l’hiver dernier. Excusez du peu. Du cross au marathon il y a un grand pas qu’il a franchi allégrement du haut de ses 25 printemps.

A part ça Benjamin pèse 62 kg pour 1m80, moi qui me croyais mince… Ses pulsations au repos sont inférieures à 40, et sur le marathon, entre 150 et 155 environ. Environ parce que Ben a couru sans cardiofréquencemètre, il a eu peur d’être gêné. Et si tout ceci expliquait ma contreperf’ à Barcelone ? j’ai dû être gêné moi aussi par mon GARMIN et par mon petit cœur qui s’emballe quand Mel est à mes côtés…

Sur le parcours, comme tout marathonien qui se respecte, Benjamin a souffert. A partir du 35ème, ses quadriceps se sont tétanisés, il a même craint les crampes. Dans sa difficulté une seule solution, tenir le coup, maintenir le rythme et l’effort, 3’10 au km. Et visualiser mentalement les distances plus courtes qu’il a l’habitude de courir, 7000 m, 3000 m… Effrayant, même en rêve.

Je lui ai demandé comment il pouvait savoir qu’il irait au bout sur ces bases sans jamais avoir approché la distance ? réponse très simple. Le doute ne fait pas partie de sa gestion de course même dans le dur. Il doit le faire donc il peut le faire. L’entraînement est conçu pour un objectif, il a suivi l’entraînement, donc tout est sous contrôle. Il visait 2h13’40, il a bouclé le marathon en 2h13’15’’.

Well, well, well.

Une fois la ligne d’arrivée franchie, il n’arrivait plus à marcher, exténué qu’il était par des sensations de course qu’il n’avait jamais connues. Mais pas que. Les micro-déchirures musculaires et tendineuses sont autrement plus douloureuses que les montées d’acide lactiques du demi-fond.
Tout au long du parcours, il a apprécié l’ambiance, ses amis, ses proches venus le soutenir. Son coach, lui, le regardait  la télé. Ben ne s’est pas rendu compte de ce que signifiait finir devant tous les autres tricolores. Avant les ultimes mètres de l’avenue Foch.
Il est resté sur l’euphorie de son exploit plusieurs jours, les interviews se sont enchaînées, il a savouré qu’on s’intéresse enfin à lui et à son sport. Ses premiers 42,195 kilomètres en 2h13 lui ont ouvert les portes d’un monde nouveau. Un monde peuplé de gens qui parlent de sa discipline sans rien n’y connaître. Des prochains Jeux Olympiques et des trois minutes qui le séparent du minima national qualificatif, 2h10, une paille quand on est journaliste, une poutre pour un demi-fondeur.

Son prochain marathon ? Pas avant 18 mois. Modeste, il sait bien qu’il doit récupérer de son effort, qu’il est encore jeune, que le marathon est traumatisant, qu’il a encore beaucoup à apprendre. Et puis Benjamin a aussi une vraie vie, et là, les obstacles se franchissent moins facilement que le mur du marathon. Benjamin et son Master en aménagement du territoire cherchent du boulot.
J’ai son CV, je vais le faire circuler. A l’inverse de Nicolas Sarkozy, Benjamin Malaty a vraiment besoin qu’on l’aide et il le mérite. Si vous pouvez faire quelque chose pour lui, la France vous le rendra au centuple. Quand il défendra nos couleurs lors du marathon des Jeux Olympiques de 2016.

Moi j’y crois.

Juriste par intérêt, fonctionnaire par conviction, sportif par addiction, blogueur par plaisir, mari par devoir (Mel était seule et abandonnée quand je l'ai rencontrée...), père au quotidien et même plus... C'est ce CV tout simple qui me donne le droit de vous faire l'article sur MALINMALIGNE, et de vous accompagner vers mon étoile...

2 COMMENTAIRES

  1. Chapeau, le petit jeune ! Je n’en avais même pas entendu parler ! Merci pour les présentations ;-)

  2. d’abord bravo Ben, mon coeur au repos bat à 57 puls c’est toute la difference entre lui et moi ensuite il peut surveiller les fiches de postes de la caisse des depots ou poser une candidature spontanée car il y a au moins un précédent avec un même diplome.
    bonne journée à tous.
    kiki

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