Accueil Ma vie et moi A Enzo Il ne sert à rien de lutter contre ce que tu ne...

 

Vendredi, ça fera deux ans qu’Enzo est une étoile. Ce nouveau 15 juin, un vendredi cette fois. Le jour  importe peu. Chaque vingt-quatre heures qui passe depuis deux ans est un 15 juin en récidive

Après le 15 viendra le 19. Pour la 3ème fois, je ne soufflerai pas les bougies de mon 42ème anniversaire, celles qui se consument lentement depuis le 19 juin 2010.

Les jours se troublent dans mes yeux, et je ne sais pas trop pourquoi j’ai relu récemment le billet écrit le 18 juin 2010 (clic), il parle d’Ugo et de tout ce qui a commencé après la mort de son frère. En lui. Entre nous.  Ugo qui est aujourd’hui un homme, ou presque, du haut de son mètre quatre-vingt-cinq et de ses quatre-vingt trois kilos. Ugo qui a fini par accepter le départ pour Paris, après une révolte passagère, quelques mots prononcés comme un défi, « fugue », « non », «des potes m’hébergeront dans leur caves »…

Je veux croire que ce départ lui fait du bien, j’en suis même sûr, ce nouvel horizon, ce mouvement vers la nouveauté, le changement, la découverte, l’angoisse des jours qui ne se ressemblent plus… La vie et qui nous sommes en dedans brutalement réintroduits dans notre quotidien du dehors.

Comme avant.

J’ai pris le temps de lui expliquer au retour d’une partie de squash, instant complice.

–         Mais pourquoi tu veux bouger papa si t’es bien ici ?

 –         Tu sais, le boulot, j’en ai fait le tour, je ne peux plus rien lui apporter et il ne peut plus rien m’apporter, parce que je connais par cœur l’équipe et qu’elle me connaît par cœur, que les rapports avec mon chef sont devenus si amicaux, avec mes collègues aussi, que le jeu d’acteurs est tellement établi et si confortable… je sais que je vais perdre tout ça, que je vais arriver dans un endroit où personne ne m’attend, et que ce sera dur de repartir de zéro ou presque dans un nouveau métier… je sais aussi qu’on va perdre en qualité de vie, plus de sport tous les jours… je sais que je vais devoir m’éloigner de mes amis et que ce sera dur… je sais aussi que je te fais souffrir, comme j’ai fait souffrir maman quand je lui ai dit que c’était fini ma vie professionnelle à Bordeaux et que je larguais les amarres, avec elle si elle voulait bien me suivre…même si c’est elle qui m’a autorisé, autorisé un soir où je n’y croyais plus, en me disant calmement, non t’es pas prisonnier, t’’es obligé à rien, t’as déjà fait beaucoup pour nous, pense à toi, t’as le choix, si tu es mal ici, dans ton boulot, on partira…

J’ai bien vu qu’Ugo ne comprenait pas toute ma logique. Il en a ri. Plutôt souri. A ce moment précis, j’ai su que c’était gagné, qu’il nous accompagnerait. Vraiment. Et qu’on serait tous ensemble. Vraiment.

Cette logique, la mienne. Une insatisfaction permanente, un besoin de changement presque permanent, réel ou imaginaire, la crainte de me sentir enfermé en permanence. Finalement, la seule permanence que je cultive, c’est cette famille, celle-là même que je n’ai pas su protéger. Jusqu’au bout.

On a progressivement parlé à Ugo de la nouvelle maison, de son nouveau lycée, au compte-gouttes pour ne pas provoquer de réactions trop violentes. Quoi, vous allez me mettre dans un lycée public, en région parisienne, vous êtes sûrs ? L’angoisse se lisait dans son visage, il se voyait déjà apprendre le krav-maga pour lutter contre les hordes de barbares du 9-3. Quoi, vous retournez à Paris, mais vous l’avez pas encore achetée la maison ? C’était en mai, comme si on achetait une maison comme un pot de NUTELLA. Non, j’veux pas d’un studio aménagé pour moi à la place de l’atelier-garage… tout ça c’est pour me garder plus longtemps près de vous et moi j’veux pas, j’veux travailler et me payer un appart’ à Paris… comment te dire Ugo qu’avec ton salaire du Mac Do tu auras un peu de mal à te payer un appart’ à Paris et faire tes études en même temps, qu’on a plus simple à te proposer, mais si tu veux un appart’, on te paiera un appart’…

Au point où nous en sommes, les bons jours, Houilles est même devenu un sujet de blague entre nous trois. Comme sa découverte de la vie d’adulte et de la préparation du Bac de Français. Ugo faut que tu bosses matin, midi et soir jusqu’au Bac…Ah bon ? Alors d’accord.  On a aussi beaucoup parlé dimanche en courant au Jardin public, parce qu’Ugo se remet au sport avant l’été. Comment préparer l’oral de Français? Comment s’habiller ? Pourquoi je suis  noté par un prof’ qui s’en fout ? C’est quoi le management ? Et la communication non-verbale ? etc.

 Il m’a aussi expliqué sa philosophie de vie : il ne sert à rien de lutter contre ce que tu ne peux pas changer.

Vendredi, on sera tous ensemble, en 2012, un nouveau 15 juin.

Juriste par intérêt, sportif par addiction, blogueur par plaisir, mari par devoir (Mel était seule et abandonnée quand je l'ai rencontrée...), père au quotidien et même plus... C'est ce CV tout simple qui me donne le droit de vous faire l'article sur MALINMALIGNE et AUXANGESETC.FR, et de vous accompagner vers mon étoile...

8 COMMENTAIRES

  1. Man il a pas un peu raison Ugo il ne sert à rien de lutter contre ce que tu ne peux pas changer et si c’était le sujet du bac de français.
    kiki

  2. C’est pas qu’un petit philosophe ce Ugo… En plus, il court!
    On pense à vous très fort

  3. Je vous souhaite plein de belles choses pour ce nouveau départ,vous le méritez!
    Bises à toi et ta famille géniale.

  4. @Manu: cet aménagement parisien va bien se passer, Ugo va prendre ses repères et deviendra d’ici peu un « indécrottable » titi ! Mel et toi avez pris une belle décision, qui ne vous coupera pas de Bordeaux, bien au contraire!
    Biz

  5. Une chose est sure, l’éducation d’Ugo est réussie car il veut déjà son indépendance et pense à son envol. Sauf pour le lycée public encore quelque reste d’un enfant de bordelais de la gauche caviar (hihihi).
    Le peuple le matin à l’heure de l’embauche, la jeunesse de la région parisienne, les artisans ah! les six prochains mois vont être radicaux voilà la vraie vie mais avec François, tout va s’arranger.
    C’est vôtre dernier 15 juin dans cette configuration.L’année prochaine, nous vous accueillerons à Bordeaux pour se retrouver et se recueillir.
    biz à toute la famille. Merde à Ugo pour son Bac.

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