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Home Ma vie et moi A Enzo

Hier soir entre Miromesnils et Saint Lazare je me suis effondrée en larmes. Dans le métro. Obligée de mettre mes lunettes de soleil pour dissimuler tout ce flot de larmes qui s’est mis à déferler d’un seul coup. J’avais l’air fine avec mes lunettes et mes larmes dans le métro. Ça ne devrait pourtant plus me gêner. Ça m’arrive de temps en temps. Je ne m’habitue pas.

Ça me surprend au détour d’un enfant que je croise et qui te ressemble un peu, beaucoup, beaucoup trop. Ou d’un tweet que je lis, qui me rappelle qu’on t’a conçu en août et que tu es né en mai. Un mardi matin ensoleillé. Comme tant d’autres bébés cette année là.

Mais toi tu es mort en juin.

Voilà ton 23 mai qui arrive et qui sera inexorablement suivi du 15 juin. Bordel.

Et moi qui pleure comme une madeleine.

Après le métro, le train toujours en pleurs. Dans 10 mn je serai arrivée, les enfants seront là. C’est trop dur une maman qui pleure. Il faut que j’arrête vite. Mais ça veut pas s’arrêter.

Et cette infection des yeux qui ne me lâche pas depuis plus d’un mois. Je vais leur dire que c’est elle qui m’a rougi les yeux. C’est bien comme excuse. Je suis forte en excuse. J’en ai toujours plein de prêtes. Pour les enfants, le boulot, les copines.

Tout le monde y croit sauf Bob. Qui a compris en me voyant arriver. Les enfants n’ont rien vu. Bob a meeting politique ce soir. Il ira sans moi.

Moi, je vais me coucher tôt, avec ton doudou cheval qui me reste de toi. Je pleurerai encore dans sa crinière et je le balancerai fort contre le mur tellement je lui en voudrai d’être resté là à ta place. Et puis j’irai le ramasser et je le jetterai sans un regard dans son fauteuil où il est depuis 4 ans. A côté du lit.
Le temps que ma colère passe puis j’irai l’embrasser en lui demandant pardon, je le reniflerai fort en me persuadant qu’il sent encore un peu de ce qu’il ne reste plus de toi.

Mel a aujourd’hui 44 ans, c’est dur pour elle vous savez, elle devient vieille. Très vieille. D’ailleurs elle n’arrive plus à faire de sport. Alors pour la consoler et la motiver, chantons lui tous en cœur, assis derrière votre écran, cette jolie mélodie qu’elle entendra en soufflant les bougies du gros gâteau que je ne lui achèterai pas :

JOYEUX ANNI-VER-SAIRE CARMEL,

JOYEUX ANNI-VER-SAIRE,

JOYEUX ANNI-VER-SAIRE,

JOYEUX ANNI-VER-SAIRE CARMEL,

A-EU-A-I-R-SERRE (à prononcer si mal distinctement, comme seul Enzo savait le faire) CARMELLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLL !!!!!!!!

 

aheu-airsaire

C’est l’histoire d’une fille. Vous la connaissez ? Non ? Oui ?
C’est l’histoire d’une fille qui a atterri à Paris il y a un an à peine. Après avoir vécu le meilleur et le pire dans sa vie d’avant. Qui a pris un virage professionnel à 180° et qui a mis plusieurs mois à comprendre et à apprivoiser  son nouvel environnement.

Alors la fille, elle se retrouve interviewée dans un article qui parle de la com de crise dans son secteur d’activité. Le sujet touchy par excellence pour une dircom.

Bref, c’est l’histoire d’une fille qui ne tire aucune gloriole (quoique) (j’ai fait des triple salto arrière quand même) de cet article mais qui tenait plus que tout à le partager avec vous ici. Parce que sans vous, sans cet espace d’écriture où vous venez me/nous lire chaque matin, rien ne serait arrivé. Cet article ne serait pas arrivé.

C’est l’histoire d’une fille, qui après un an de course parisienne, mesure tout ce chemin parcouru depuis que son Etoile est partie, qui se retourne encore chaque jour pour la chercher et  finit toujours par lever les yeux vers le ciel, résignée, en se souvenant combien il avait adoré voir sa maman sur papier glacé

Com

 

 

La vie sans toi Enzo, c’est dur tout le temps, alors quand Libé m’invite à nous regarder, toi, moi, nous, de tout là-haut, depuis Saturne et la sonde Cassini (clic), je me dis que finalement de si loin, toi et moi on est pareil, petit pois dans les étoiles….

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Ce n’est même pas moi qui le dis. C’est Carl Sagan (clic) ,dont un lecteur de Libé a eu la gentillesse d’esprit de partager les mots bleus :

  » Regardez encore ce petit point. C’est ici. C’est notre foyer. C’est nous. Sur lui se trouvent tous ceux que vous aimez, tous ceux que vous connaissez, tous ceux dont vous avez entendu parler, tous les êtres humains qui aient jamais vécu. Toute la somme de nos joies et de nos souffrances, des milliers de religions aux convictions assurées, d’idéologies et de doctrines économiques, tous les chasseurs et cueilleurs, tous les héros et tous les lâches, tous les créateurs et destructeurs de civilisations, tous les rois et tous les paysans, tous les jeunes couples d’amoureux, tous les pères et mères, tous les enfants plein d’espoir, les inventeurs et les explorateurs, tous les professeurs de morale, tous les politiciens corrompus, toutes les “superstars”, tous les “guides suprêmes”, tous les saints et pécheurs de l’histoire de notre espèce ont vécu ici, sur ce grain de poussière suspendu dans un rayon de soleil.La Terre est une toute petite scène dans une vaste arène cosmique. Songez aux fleuves de sang déversés par tous ces généraux et ces empereurs afin que nimbés de triomphe et de gloire, ils puissent devenir les maîtres temporaires d’une fraction d’un point. Songez aux cruautés sans fin imposées par les habitants d’un recoin de ce pixel sur d’indistincts habitants d’un autre recoin. Comme ils peinent à s’entendre, comme ils sont prompts à s’entretuer, comme leurs haines sont ferventes. Nos postures, notre propre importance imaginée, l’illusion que nous avons quelque position privilégiée dans l’univers, sont mis en question par ce point de lumière pâle. Notre planète est une infime tache solitaire enveloppée par la grande nuit cosmique. Dans notre obscurité – dans toute cette immensité – il n’y a aucun signe qu’une aide viendra d’ailleurs nous sauver de nous-mêmes. La Terre est jusqu’à présent le seul monde connu à abriter la vie. Il n’y a nulle part ailleurs, au moins dans un futur proche, vers où notre espèce pourrait migrer. Visiter, oui. S’installer, pas encore. Que vous le vouliez ou non, pour le moment c’est sur Terre que nous prenons position.
On a dit que l’astronomie incite à l’humilité et fortifie le caractère. Il n’y a peut être pas de meilleure démonstration de la folie des idées humaines que cette lointaine image de notre monde minuscule. Pour moi, cela souligne notre responsabilité de cohabiter plus fraternellement les uns avec les autres, et de préserver et chérir le point bleu pâle, la seule maison que nous ayons jamais connue. »

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