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Home Ma vie et moi A Enzo

Enzo aimait les chats. Du haut de ses 10 ans et de son retard mental qui l’empêchait de bien communiquer avec des mots, il connaissait très bien le mot chat, il savait le prononcer et nous le sortait en boucle à chaque fois qu’il en voyait un. CHAT, le chat, mamaaaaan chaaaat …

Il en avait un peu peur mais ne disait jamais rien lorsque Match se posait sur son lit ou à côté de lui dans le canapé. Match, le chat noir aux pattes blanches, qu’on avait adopté au début de la maladie d’Enzo. Match qu’on a retrouvé dans le lit d’Enzo le jour de sa mort et qui a disparu très peu de temps après lui. Hasard ou destinée.

Depuis qu’ils sont partis tous les deux, les chats nous suivent, nous rendent visite, se pointent et disparaissent, bienveillants toujours. Comme le dernier magazine de chats que j’ai acheté à Enzo et qui traine toujours dans la maison, malgré les années et malgré notre déménagement, il est toujours là, je ne sais par quel miracle. Un peu comme si Enzo était toujours là aussi assis sur le canapé, à le feuilleter inlassablement, à regarder les images. Je tombe dessus parfois, en rangeant la maison, il surgit régulièrement avec son lot de souvenirs. Parfois c’est bon, parfois non. C’est comme ça. Je ne cherche pas à maîtriser ces apparitions clandestines.

Il y a quelques jours, Cédric, que je suis sur Twitter m’a envoyé un message.
Cédric possède un blog sur la plateforme de Libé, blog qu’il a appelé Mesdames et messieurs votre attention s’il vous plait (clic c’est vachement bien), il conduit mon RER A parfois et donne plein d’infos sur le trafic, il donne son sang aussi, régulièrement et ne manque jamais de twitter ses passages à l’EFS. On se suit comme ça de loin en loin.

Son message donc simple et concis disait : « Bonjour ! Alors, toujours prête pour un don de plaquettes ? Si oui, quels sont tes dispos ? ».

Je l’avais sollicité plusieurs semaines auparavant, lui expliquant mon envie et ma peur de donner mon sang ou mes plaquettes toute seule. Lui expliquant un peu Enzo aussi, sa maladie, les transfusions. Rebondissant sur son dernier tweet qui disait qu’il allait donner ses plaquettes. Lui demandant si je pouvais y aller avec lui la fois suivante. M’excusant presque de ma demande certainement incongrue ou malvenue envers un inconnu, laissant entrevoir que ce jour là, sans trop réfléchir, j’avais utilisé la puissance des réseaux sociaux pour rendre irréversible cet acte que je ne suis jamais arrivée à faire seule mais qui me parait tellement essentiel, évident, obligatoire pour moi, maman d’Enzo, poly-transfusé durant plus de 4 années grâce aux dons de milliers d’anonymes, comme lui. Consciente que tous ces dons reçus durant ses 4 années représentent bien plus que je ne pourrai jamais donner. Que ce n’est pas une dette, plutôt une reconnaissance éternelle envers ces donneurs et une envie, un besoin de solidarité, d’échange, d’utilité.

Voilà, Cédric a compris, a répondu un grand OUI, a fixé une date, j’ai rendez-vous un matin d’octobre pour aller donner avec lui mon sang ou mes plaquettes.

Cédric si vous voulez le suivre sur Twitter, c’est @Gentilchanoir. Hasard et destinée …

Et là c’est Ugo, tout juste ado tenant dans ses bras Match bébé, dans la chambre d’Enzo, son clown au plafond.

Ugo&Match

 

Hier soir entre Miromesnils et Saint Lazare je me suis effondrée en larmes. Dans le métro. Obligée de mettre mes lunettes de soleil pour dissimuler tout ce flot de larmes qui s’est mis à déferler d’un seul coup. J’avais l’air fine avec mes lunettes et mes larmes dans le métro. Ça ne devrait pourtant plus me gêner. Ça m’arrive de temps en temps. Je ne m’habitue pas.

Ça me surprend au détour d’un enfant que je croise et qui te ressemble un peu, beaucoup, beaucoup trop. Ou d’un tweet que je lis, qui me rappelle qu’on t’a conçu en août et que tu es né en mai. Un mardi matin ensoleillé. Comme tant d’autres bébés cette année là.

Mais toi tu es mort en juin.

Voilà ton 23 mai qui arrive et qui sera inexorablement suivi du 15 juin. Bordel.

Et moi qui pleure comme une madeleine.

Après le métro, le train toujours en pleurs. Dans 10 mn je serai arrivée, les enfants seront là. C’est trop dur une maman qui pleure. Il faut que j’arrête vite. Mais ça veut pas s’arrêter.

Et cette infection des yeux qui ne me lâche pas depuis plus d’un mois. Je vais leur dire que c’est elle qui m’a rougi les yeux. C’est bien comme excuse. Je suis forte en excuse. J’en ai toujours plein de prêtes. Pour les enfants, le boulot, les copines.

Tout le monde y croit sauf Bob. Qui a compris en me voyant arriver. Les enfants n’ont rien vu. Bob a meeting politique ce soir. Il ira sans moi.

Moi, je vais me coucher tôt, avec ton doudou cheval qui me reste de toi. Je pleurerai encore dans sa crinière et je le balancerai fort contre le mur tellement je lui en voudrai d’être resté là à ta place. Et puis j’irai le ramasser et je le jetterai sans un regard dans son fauteuil où il est depuis 4 ans. A côté du lit.
Le temps que ma colère passe puis j’irai l’embrasser en lui demandant pardon, je le reniflerai fort en me persuadant qu’il sent encore un peu de ce qu’il ne reste plus de toi.

Mel a aujourd’hui 44 ans, c’est dur pour elle vous savez, elle devient vieille. Très vieille. D’ailleurs elle n’arrive plus à faire de sport. Alors pour la consoler et la motiver, chantons lui tous en cœur, assis derrière votre écran, cette jolie mélodie qu’elle entendra en soufflant les bougies du gros gâteau que je ne lui achèterai pas :

JOYEUX ANNI-VER-SAIRE CARMEL,

JOYEUX ANNI-VER-SAIRE,

JOYEUX ANNI-VER-SAIRE,

JOYEUX ANNI-VER-SAIRE CARMEL,

A-EU-A-I-R-SERRE (à prononcer si mal distinctement, comme seul Enzo savait le faire) CARMELLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLLL !!!!!!!!

 

aheu-airsaire

C’est l’histoire d’une fille. Vous la connaissez ? Non ? Oui ?
C’est l’histoire d’une fille qui a atterri à Paris il y a un an à peine. Après avoir vécu le meilleur et le pire dans sa vie d’avant. Qui a pris un virage professionnel à 180° et qui a mis plusieurs mois à comprendre et à apprivoiser  son nouvel environnement.

Alors la fille, elle se retrouve interviewée dans un article qui parle de la com de crise dans son secteur d’activité. Le sujet touchy par excellence pour une dircom.

Bref, c’est l’histoire d’une fille qui ne tire aucune gloriole (quoique) (j’ai fait des triple salto arrière quand même) de cet article mais qui tenait plus que tout à le partager avec vous ici. Parce que sans vous, sans cet espace d’écriture où vous venez me/nous lire chaque matin, rien ne serait arrivé. Cet article ne serait pas arrivé.

C’est l’histoire d’une fille, qui après un an de course parisienne, mesure tout ce chemin parcouru depuis que son Etoile est partie, qui se retourne encore chaque jour pour la chercher et  finit toujours par lever les yeux vers le ciel, résignée, en se souvenant combien il avait adoré voir sa maman sur papier glacé

Com

 

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