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Dimanche sous la neige, 18 bornes de footing dans un paradis blanc, entre Houilles, Sartrouville, Maisons-Laffitte et la forêt de St Germain-en-Laye.

C’était hier.

La veille d’hier, un dîner entre voisins, couscous, glace et vin rouge, Bourgogne et Bordeaux.

Ces joies simples.

Parler pour ne rien dire, manger pour s’écouter, boire pour mieux en rire, de tout ça, des 10 km du 14ème annulés pour vigilance orange, de la rivière souterraine qui passe sous nos maisons, de Réglisse, le chat noir dont la mère s’est faite écraser et dont le père était alcoolique, des meilleurs services d’urgence aux alentours pour les points de suture, des pantalons trop courts ou trop larges négociés 4 dollars sur un marché au Vietnam, des mains bleue-jeans de Mel.

Le matin après la veille, on est là, dedans, tous les deux, Mel et moi, dehors c’est bataille de boules de neige à quinze au moins, grands et petits, on se croirait dans un film de Franck Capra, la vie peut être belle et enfantine comme une rue enneigée.

Simple, insouciante et sans suite.

Les voisins sont au vin chaud quand la sonnette sonne, deux visages que l’on ne connaît pas, celui d’un homme, celui d’une femme, une expression comme figée, ils demandent s’ils peuvent entrer, on leur dit oui sans bien comprendre, ils citent le prénom d’Ugo, il est à la maison ? ils veulent nous parler d’un copain à lui.

Je suis perdu, on est perdu, ces moments où tout bascule on les connaît si bien, on n’en veut plus, on n’en peut plus, qu’est-ce qu’il a bien pu faire Ugo ? Oui il est là, vous voulez qu’on discute tous les quatre avant que j’aille le chercher dans sa chambre ?

J’ai peur, je veux le protéger, faire bouclier.

Non, pas besoin. Ugo tu peux descendre ? Ugooooo… Venez, entrez, non pas la peine de vous déchausser, pas grave pour la neige, entrez, dans la cuisine, oui, là.

Ugo !

Maintenant on est cinq dans la cuisine, quatre parents, un ado, la dame et le monsieur veulent nous dire quelque chose, interroger Ugo, pour savoir, savoir s’il sait quelque chose. Quelque chose sur leur fils. Antoine. Antoine qui est au lycée dans la même classe qu’Ugo, ils se connaissent, ils sont potes. Antoine. Antoine court, une VMA à 20,  27 minutes à la Corrida de Houilles, 1er en maths, c’est dire si je le connais, même qu’un jour pour plaisanter j’ai demandé à Ugo si je pouvais l’adopter.

Antoine.

Antoine est mort. Il s’est suicidé. 

Bande de fils de pute il a écrit sur Facebook avant de péter les plombs.

Le monsieur, la dame, veulent comprendre pourquoi alors ils questionnent Ugo qui ne sait rien, qui est blême,  décomposé. Il ne sait pas pourquoi son copain Antoine s’est suicidé. Le monsieur et la dame cherchent les réponses, ici, chez nous, ils semblent calmes, méthodiques, ils portent sur une feuille de papier le nom de ceux qui vivaient à côté de leur fils, à l’école ou à l’athlé, ceux qui sans doute, sûrement, pourront les aider à comprendre l’inexplicable.

Ils vont les voir un à un depuis samedi.

Une photo de classe dans leurs mains, nos enfants, tous les deux, avec tous les autres, si jeunes, tellement plein de vie, les parents d’Antoine égrènent des prénoms qu’Ugo connaît, d’autres non, Ugo n’a entendu que des railleries d’ados sans importance, il ne sait même plus s’il est rentré avec lui vendredi.

De toute façon c’est trop tard. Antoine s’en est allé avec le secret trop lourd de ses 18 ans et demi. Ses parents trouveront peut-être les coupables dont ils ont besoin. De toute façon c’est trop tard. Antoine et ses parents sont morts à jamais.

La police n’enquêtera pas, il est majeur. Il était majeur.

Sitôt la porte refermée sur eux, le monsieur, la dame, ceux qu’on a pris dans nos bras pour partager leur souffrance, je m’effondre, on s’effondre, on pleure, Mel et moi.

Le mètre quatre vingt-cinq et les quatre-vingt trois kilos d’Ugo nous font face, solidement, il semble aussi fort qu’Antoine devait l’être pour ses parents. J’ai l’impression de ne plus le connaître, je lui parle comme à un étranger, je ne trouve pas mes mots, on lui dit qu’on l’aime, qu’il doit s’ouvrir, à nous, aux autres, évoquer ses problèmes, que rien n’est grave, jamais, sauf la maladie et la mort,  même s’il fait des conneries on sera toujours avec lui pour l’aider, le soutenir, l’écouter.

C’est trop con un père qui pleure, ça ne sait pas quoi dire.

Fin de l’après-midi. Ugo, Mel, la neige encore, le footing toujours, Ugo sort de son igloo. Enzo, la culpabilité de ne pas être allé plus souvent le voir à l’hôpital, de ne pas avoir su créer des liens aussi forts qu’avec Gaspard. Antoine, la culpabilité de n’avoir pas compris.

Ugo si tu savais… si tu savais qu’on ne peut pas tout, que vivre avec soi est parfois plus dur que vivre avec les autres, si tu savais comme j’ai peur de ne pas réussir à te protéger demain quand tu partiras au bahut et que tu retrouveras ceux qui te connaissent comme tu connaissais Antoine. Tellement. Si peu.

Protège toi Ugo, la vie ne t’épargne rien. Serre toutes les mains qui se tendent vers toi, prends le réconfort partout où il se trouve. Continues de faire des batailles de boules de neige avec les gamins de la rue Molière. Crois, aimes, espères, pleures, luttes. Rêves.

Comme nous essayons de le faire depuis le 15 juin 2010.

Dehors, il continue de neiger.

 

Vendredi, ça fera deux ans qu’Enzo est une étoile. Ce nouveau 15 juin, un vendredi cette fois. Le jour  importe peu. Chaque vingt-quatre heures qui passe depuis deux ans est un 15 juin en récidive

Après le 15 viendra le 19. Pour la 3ème fois, je ne soufflerai pas les bougies de mon 42ème anniversaire, celles qui se consument lentement depuis le 19 juin 2010.

Les jours se troublent dans mes yeux, et je ne sais pas trop pourquoi j’ai relu récemment le billet écrit le 18 juin 2010 (clic), il parle d’Ugo et de tout ce qui a commencé après la mort de son frère. En lui. Entre nous.  Ugo qui est aujourd’hui un homme, ou presque, du haut de son mètre quatre-vingt-cinq et de ses quatre-vingt trois kilos. Ugo qui a fini par accepter le départ pour Paris, après une révolte passagère, quelques mots prononcés comme un défi, « fugue », « non », «des potes m’hébergeront dans leur caves »…

Je veux croire que ce départ lui fait du bien, j’en suis même sûr, ce nouvel horizon, ce mouvement vers la nouveauté, le changement, la découverte, l’angoisse des jours qui ne se ressemblent plus… La vie et qui nous sommes en dedans brutalement réintroduits dans notre quotidien du dehors.

Comme avant.

J’ai pris le temps de lui expliquer au retour d’une partie de squash, instant complice.

–         Mais pourquoi tu veux bouger papa si t’es bien ici ?

 –         Tu sais, le boulot, j’en ai fait le tour, je ne peux plus rien lui apporter et il ne peut plus rien m’apporter, parce que je connais par cœur l’équipe et qu’elle me connaît par cœur, que les rapports avec mon chef sont devenus si amicaux, avec mes collègues aussi, que le jeu d’acteurs est tellement établi et si confortable… je sais que je vais perdre tout ça, que je vais arriver dans un endroit où personne ne m’attend, et que ce sera dur de repartir de zéro ou presque dans un nouveau métier… je sais aussi qu’on va perdre en qualité de vie, plus de sport tous les jours… je sais que je vais devoir m’éloigner de mes amis et que ce sera dur… je sais aussi que je te fais souffrir, comme j’ai fait souffrir maman quand je lui ai dit que c’était fini ma vie professionnelle à Bordeaux et que je larguais les amarres, avec elle si elle voulait bien me suivre…même si c’est elle qui m’a autorisé, autorisé un soir où je n’y croyais plus, en me disant calmement, non t’es pas prisonnier, t’’es obligé à rien, t’as déjà fait beaucoup pour nous, pense à toi, t’as le choix, si tu es mal ici, dans ton boulot, on partira…

J’ai bien vu qu’Ugo ne comprenait pas toute ma logique. Il en a ri. Plutôt souri. A ce moment précis, j’ai su que c’était gagné, qu’il nous accompagnerait. Vraiment. Et qu’on serait tous ensemble. Vraiment.

Cette logique, la mienne. Une insatisfaction permanente, un besoin de changement presque permanent, réel ou imaginaire, la crainte de me sentir enfermé en permanence. Finalement, la seule permanence que je cultive, c’est cette famille, celle-là même que je n’ai pas su protéger. Jusqu’au bout.

On a progressivement parlé à Ugo de la nouvelle maison, de son nouveau lycée, au compte-gouttes pour ne pas provoquer de réactions trop violentes. Quoi, vous allez me mettre dans un lycée public, en région parisienne, vous êtes sûrs ? L’angoisse se lisait dans son visage, il se voyait déjà apprendre le krav-maga pour lutter contre les hordes de barbares du 9-3. Quoi, vous retournez à Paris, mais vous l’avez pas encore achetée la maison ? C’était en mai, comme si on achetait une maison comme un pot de NUTELLA. Non, j’veux pas d’un studio aménagé pour moi à la place de l’atelier-garage… tout ça c’est pour me garder plus longtemps près de vous et moi j’veux pas, j’veux travailler et me payer un appart’ à Paris… comment te dire Ugo qu’avec ton salaire du Mac Do tu auras un peu de mal à te payer un appart’ à Paris et faire tes études en même temps, qu’on a plus simple à te proposer, mais si tu veux un appart’, on te paiera un appart’…

Au point où nous en sommes, les bons jours, Houilles est même devenu un sujet de blague entre nous trois. Comme sa découverte de la vie d’adulte et de la préparation du Bac de Français. Ugo faut que tu bosses matin, midi et soir jusqu’au Bac…Ah bon ? Alors d’accord.  On a aussi beaucoup parlé dimanche en courant au Jardin public, parce qu’Ugo se remet au sport avant l’été. Comment préparer l’oral de Français? Comment s’habiller ? Pourquoi je suis  noté par un prof’ qui s’en fout ? C’est quoi le management ? Et la communication non-verbale ? etc.

 Il m’a aussi expliqué sa philosophie de vie : il ne sert à rien de lutter contre ce que tu ne peux pas changer.

Vendredi, on sera tous ensemble, en 2012, un nouveau 15 juin.

C’est une photo d’hier en 2005. Un week-end ensoleillé à Saint Jean de Luz. Ugo, Enzo et nous. On revenait du centre ville, on regagnait la résidence La Réserve par le bord de mer. La pente était raide, le chemin encore long mais on était ensemble.

Et puis à un moment donné, Enzo a décidé que la promenade était terminée. Il s’est assis sur le chemin, à même le sol goudronné, au milieu des passants. Manu se souvient encore de cette dame blonde avec son sac bleu qui nous a frôlés en nous souriant. Pour Ugo c’en était trop, à 10 ans, assumer son frère handicapé, le voir se donner en spectacle et aussi, surtout accaparer l’attention de ses parents. Il semble excédé sur la photo. Et il l’était. Je le rattrape par le bras, de toute façon il n’avait pas l’intention d’aller bien loin.

Je ne sais pas si cette fois là j’ai su trouver les mots.

Zozo est assis là, son caleçon en guise de short. Il avait sali tous ses changes, il était sans doute déjà malade mais on ne le savait pas…

Aujourd’hui 15 mars, ça fait un an (clic)

C’est une photo techniquement ratée, en noir et blanc.

Les trois personnages sont flous, de la tête aux mains.

C’est une photo ratée par manque de lumière, par défaut d’ouverture du diaphragme, un temps de pause trop court, une photo ratée par des termes abscons.

Elle est aimantée au  mur dans mon bureau. Je la regarde quand j’arrive, chaque matin, je la regarde quand je pars, chaque soir, je la regarde quand j’ai besoin de ressentir sa présence et ses sentiments.

C’était à l’été 2005, en Italie, sur la place centrale de Campi Salentina, dans les Pouilles. Un été difficile. Un besoin de souffler. Le handicap. Le regard des autres. Une vie professionnelle  un peu stressante. La vie tout court aussi. Violence en milieu extraordinaire. Mel et moi, on avait passé une semaine au Club Med de Napitia, laissant Enzo pour la 1ère fois sans nous, avec ses grands-parents maternels. J’avais eu du mal à le quitter, j’ai eu du mal à le retrouver. Enzo avait une bonne mémoire et un sens aigu du donnant-donnant, il nous a fait payer au centuple cet abandon qui n’en était pas un.

Malgré le temps qui a passé, je me souviens parfaitement de l’instant où j’ai pris cette photo, quand j’ai appuyé sur le bouton, ce que je voulais me donner à re-voir.

Je me suis arrêté, j’ai laissé filé Mel et Ugo qui ne se sont rendus compte de rien, je me suis accroupi, je voulais les saisir de dos s’en allant sans moi, je voulais être spectateur de ce moment de leur vie, de notre vie. Etre avec sans y être totalement. Décider d’y être ou pas. Observer ce que je pouvais perdre à tout moment, un bonheur simple d’être ensemble.

J’ai toujours aimé les photos de dos, je les trouve plus expressives, plus interprétatives, plus mystérieuses, elles obligent aussi à se souvenir par soi-même, du visage, du regard, des expressions du moment. Du passé. Elles demandent un petit effort quand on les regarde, après, plus tard, ou beaucoup plus tard. Le rapport à l’image est moins direct, moins self-service, moins instantané, plus introspectif.

Je les voulais tous les trois de dos, je savais que je n’y parviendrai pas, je savais qu’Enzo sentirait mon absence et qu’il me chercherait.

Enzo s’est tourné pour savoir où j’étais, ce que je faisais, pourquoi je n’étais pas à côté de lui, à côté d’eux. Enzo n’acceptait pas la distance, quelle qu’elle soit, d’où qu’elle vienne, il avait besoin d’être au centre de tout, entouré, pour compenser en actes, en gestes, en attention, son manque de mots.

Il s’est tourné vers moi, il a m’a vu accroupi, il a vu l’objectif, c’est cet instant flou sur la photo. Il m’a vu, s’est senti rassuré, il a continué à marcher de cette façon si chaloupée qui ne tenait qu’à lui.

Son flou est expressif, comme celui d’Ugo attiré par les jeux et les autres enfants au cœur de la Villa, de la place, sur sa droite. On voit aussi la main ferme de Mel qui replace Enzo dans le droit chemin, elle ne sait pas que je les photographie tous les trois, elle est un peu ailleurs avec eux sans moi. Elle a ses bonnes raisons.

Enzo est là dans mon bureau, il me regarde, et chaque fois que je l’observe, je lui redonne vie en moi plus sûrement qu’une photo nette, éclairée et de face. Revivre ses yeux marron derrière ses lunettes rondes. Revivre son regard qui en disait si long qu’il me parle encore aujourd’hui.

Ils allaient chercher une glace à l’italienne, je crois bien que lui et moi on s’est arrêté en chemin pour toujours. A cet instant figé.

Je lui parle encore. Je fais comme si. Comme si il était . Encore. Toujours. A côté de moi.

Quand je cours et que çà devient dur.

Quand j’entre dans sa chambre.

Quand je rentre du boulot à vélo.

Quand je suis allé chercher son fauteuil roulant. A l’hôpital. Là où je l’ai abandonné depuis l’hospitalisation d’Enzo. Début juin. On devait rentrer ensemble. Lui. Moi. Le fauteuil. Enzo n’est pas rentré. Le fauteuil non plus.

A présent je suis . Tout seul. Dans la voiture. J’emprunte le chemin. Celui qu’on prenait ensemble pour se rendre à l’hôpital des enfants. Des raccourcis. Des petites rues. Je prends sa main. Comme avant. Il me tenait la main sur tout le trajet. Me l’enlevant du levier de vitesse quand je l’oubliais. Je caresse le siège pour faire semblant. Comme avant. Je laisse ma main. Je lui parle. Comme avant.

Mes larmes coulent. Un ruisseau. Une rivière. Un fleuve. Mon océan. Océ-enzo.

Le dernier carrefour. L’hôpital. Je me gare. Ailleurs. Pas comme d’habitude. La peur de ne pas pouvoir descendre de la voiture.

Je ravale mes larmes. Cet océan. Il déborde. Je manque de m’étouffer. Trop d’eau. Mes yeux qui brillent. Rougis par son souvenir.

Je monte les escaliers deux à deux. Comme avant. Je suis au 4ème. Le 6ème D est au 4ème le temps des travaux de mise aux normes. L’office. Une aide-soignante. Elle me reconnaît. Elle sait qui je suis. Compassion. Des doux mots. Enzo. Comment je vais. Je ravale mes larmes. Non. Je ne dois pas pleurer. Une pièce. Des fauteuils roulants, trois. Pas celui d’Enzo.

Il faudra revenir. J’en suis comme soulagé.

On est dans le couloir. Elle me demande mes coordonnées pour me prévenir quand ils l’auront retrouvé. Le fauteuil. Pas Enzo. Une apparition. Pas Enzo. Julie, l’hémato. Comme un soulagement. Encore un. Elle demande comment je vais. Comment on va. Je parle, je parle, je parle. Je me répète. Des propos sans cohérence. Inutile la cohérence. Mes mots n’ont rien à démontrer, juste à esquisser le vide sans contour. Julie peut comprendre. Julie sait comprendre. Julie a compris. Julie a fait partie de sa vie. Julie a fait partie de nos vies. Je ne peux me résoudre à ne plus la voir. Mais il le faut. Pour le moment. Jusqu’au jour où. Peut-être. Sans doute. J’en suis sûr. Nous apprendrons à connaître Julie tout court.

Je suis devant l’hôpital des enfants. Le docteur qui le suivait à l’hôpital de jour. Nathalie. Elle est toute surprise de me voir. Qu’est-ce que je fais là ?!?!? Je lui claque la bise. Comme un soulagement. Encore un. Elle demande comment je vais. Comment on va. Je parle, je parle, je parle. Je me répète. Des propos sans cohérence. Inutile la cohérence. Mes mots n’ont rien à démontrer, juste esquisser le vide sans contour. Nathalie peut comprendre. Nathalie sait comprendre. Nathalie a compris. Nathalie a fait partie de sa vie. Nathalie a fait partie de nos vies. Je ne peux me résoudre à ne plus la voir. Mais il le faut. Pour le moment. Jusqu’au jour où. Peut-être. Sans doute. J’en suis sûr. Nous apprendrons à connaître Nathalie tout court.

Je vais devoir retourner à l’hôpital. Je vais encore pleurer. Je vais encore lui caresser la main. Comme avant. Même si plus rien ne sera jamais, comme avant. Une femme sans mari est une veuve. Un mari sans sa femme est un veuf. Un enfant sans parent est orphelin. Un papa sans Enzo est un père de deux enfants. Pour la société. Pour la Caisse d’allocations familiales. Pour l’administration fiscale. Pour… tout ceux aussi que l’émotion a étreint le Jour et pour qui la vie a repris le jour d’après.

Mais pour moi. Pour Mel. Pour vous. Puisqu’il n’y a pas de mot pour le dire, je vais continuer à vous l’écrire. Je suis le papa de 3 enfants, Ugo, Enzo et Gaspard, dont l’un est parti.

Enzo me manque. Définitivement.

Vous l’écrire a tempéré un peu mon angoisse de retrouver son fauteuil. Son fauteuil pour deux. Pour deux  jusqu’à ce que le pharmacien nous sépare. Définitivement.

Ce sera ce soir. Ou demain matin.

Et puis demain. Demain après-midi. J’irai courir à Arès. Et si au 12ème km, quand çà sera dur, vous entendez un fou parler tout seul, ce sera moi. Ce sera nous.

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